Un fantôme épidémique semble à nouveau hanter les couloirs du ministère de l’Intérieur. C’est du moins ce que laisse entendre le télégramme officiel du 27 juin 2026 signé par le ministre de l’Intérieur. Sous le fallacieux prétexte de prévenir une résurgence de la maladie à virus Ebola, ce document ordonne l’interdiction de « tout attroupement des masses ».
A première lecture, cependant, ce télégramme soulève davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Au-delà de l’objectif affiché de protection sanitaire, son contenu présente des incohérences qui alimentent le doute quant à sa véritable finalité.
La première incohérence saute aux yeux : la géographie même de l’alerte. Le télégramme vise notamment Kinshasa, la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele au motif de leur proximité avec les zones touchées. Pourtant, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, historiquement associées aux principales flambées d’Ebola dans la région, sont absentes du dispositif.
Comment expliquer que le pouvoir place Kinshasa ou Isiro sous restrictions tout en ignorant les provinces réputées les plus exposées ? Sur quels critères scientifiques repose cette cartographie du risque ? Une politique de santé publique ne peut reposer sur des approximations géographiques sans susciter de légitimes interrogations. Cherche-t-on réellement à contenir un virus ou à contenir la contestation ?
La deuxième incohérence réside dans la portée même des restrictions. Le gouvernement appelle à éviter « tout attroupement des masses ». Si le risque sanitaire justifie réellement une telle mesure, pourquoi ne vise-t-elle pas explicitement les rassemblements religieux, les marchés populaires, les grands événements culturels, sportifs ou les cérémonies officielles qui réunissent quotidiennement des milliers de personnes ?
Le virus frapperait-il uniquement les rassemblements de l’opposition ? Épargnerait-il miraculeusement les lieux de culte, les espaces commerciaux et les activités politiques favorables au régime ?
A ce stade, l’argument sanitaire perd de sa crédibilité. Lorsqu’une mesure prétend protéger la santé publique mais ne s’applique qu’à certaines catégories de citoyens, elle cesse d’être sanitaire pour devenir politique.
Cette indignation sélective révèle surtout l’inquiétude d’un pouvoir confronté à une contestation grandissante. Ceux qui hier encore tournaient l’opposition en dérision sous les slogans de « Ya Nzala » ou de « Ya Pete » semblent aujourd’hui redouter sa capacité de mobilisation.
Au-delà de ses incohérences scientifiques, ce télégramme traduit une forme préoccupante d’amateurisme d’État. On ne manipule pas à la légère le spectre d’Ebola. Ébola est une tragédie nationale. Son évocation exige la plus grande rigueur scientifique, une information transparente et une communication responsable. Elle a coûté la vie à des milliers de Congolais et laissé derrière elle des familles endeuillées. L’invoquer pour justifier des restrictions ciblées des libertés publiques constitue une faute politique et morale.
Si la menace est réelle, le gouvernement doit produire les données épidémiologiques qui justifient ces restrictions et les appliquer sans discrimination. Si, en revanche, ces mesures ne concernent dans les faits que les opposants, les mouvements citoyens et les manifestations publiques, elles risquent d’apparaître comme un instrument de limitation des libertés publiques et, partant, seront contestées sur le fond et même sur la forme.
La santé publique mérite mieux que les approximations. La démocratie mérite mieux que les prétextes. Le véritable virus que le pouvoir tente de contenir n’est pas sanitaire. Il est politique. Et son nom est : la peur du peuple dans la rue, le 8 juillet prochain, pour en découdre avec la rébellion contre la constitution.



















































