La République démocratique du Congo entend reprendre la main sur son or. Dans le cadre de sa vision 2025-2030, la société publique DRC GOLD Trading SA prévoit notamment l’installation à Kinshasa d’une raffinerie nationale certifiée aux standards LBMA, avec un objectif stratégique de « faire de la capitale une plaque tournante du négoce d’or d’ici 2030 ».
Cette orientation s’appuie sur un constat alarmant. Selon le directeur général de DRC GOLD Trading SA, près de 50 tonnes d’or artisanal continuent d’échapper chaque année aux circuits officiels en RDC. Un phénomène qui se traduit par un manque à gagner estimé à 7,5 milliards de dollars pour l’économie nationale.
De faibles exportations à une progression récente
Le Directeur général de DRC GOLD Trading SA, Joseph Kazibaziba a rappelé que, pendant de longues années, les exportations de la RDC sont restées très faibles.
« Avant 2023, la RDC exportait entre 25 et 100 kg l’an. Je suis en train de dire que pendant 30 ans, la RDC a exporté moins de 1 000 kg alors que plus de 50 tonnes quittent frauduleusement ce pays. Quand tu prends la partie orientale, l’industriel, c’est la moitié de ce qui sort de manière artisanale. La RDC ne captait que 25 kg l’an », a déclaré le directeur général de DRC Gold Trading SA.
De son avis, cette situation s’explique par l’ampleur des exportations frauduleuses, notamment en provenance de la partie orientale du pays.
Il indique toutefois que, dans les trois dernières années, l’entreprise a réalisé des avancées significatives. DRC GOLD Trading SA affirme avoir réussi à faire entrer dans le circuit officiel plus de 1,5 milliard de dollars à travers l’exportation de 11 tonnes.
Malgré cette progression, le directeur général estime que ces résultats ne reflètent pas encore l’ampleur totale de la fraude, évoquant un niveau d’efficacité encore très insuffisant face aux volumes qui quittent illégalement le pays.
« C’est vrai que dans les trois ans, nous avons réussi aujourd’hui à exporter plus de 11 tonnes. Ce qui a ramené dans le circuit officiel plus de 1,5 milliard de dollars. J’avoue que je ne suis pas très fier. Je ne suis pas très fier parce que je sais que je n’ai pas jugulé toute la fraude. Je ne suis même pas à 10 % de la fraude. Je ne suis même pas dans trois ans où je suis conscient qu’il y a plus de 100 tonnes qui ont quitté ce pays et que je sois à 10, 11 tonnes, il n’y a pas de quoi être fier. C’est un grand pas et je pense qu’on est tellement bien aligné. Déjà restructuré de 25 kg à 11 tonnes, je crois que c’est un pas de géant », a-t-il reconnu.
Une stratégie en plusieurs leviers : raffinerie, extension et “marché milliard”
Au-delà de la raffinerie de Kinshasa, la vision annoncée repose sur une extension des activités dans plusieurs provinces, avec un accent particulier sur la partie orientale où se concentre une grande partie de la production artisanale.
Dans cette dynamique, DRC GOLD Trading SA affirme vouloir aller plus loin qu’une simple infrastructure industrielle.
L’entreprise vise la création d’un « billion market » soit un marché structuré autour de l’or congolais. Dans ce modèle, une bourse doit permettre de fixer les prix en francs congolais afin de créer un référentiel de vente et de réduire les paiements et transactions dépendant exclusivement de la devise américaine.
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« Dans les jours à venir, il est sûr et certain qu’avec l’extension de nos activités dans plusieurs provinces, surtout la partie orientale, nous arriverons finalement à capter plus de production. On ne va pas s’arrêter à avoir une raffinerie nationale à Kinshasa, mais on va arriver à ce qu’on appelle « billion market ». On va avoir notre marché d’or congolais avec une bourse qui sera fixée en francs congolais. Aujourd’hui, nous travaillons avec l’équivalent », a-t-il révélé.

Sortir l’or du schéma « dollarisation » et sécuriser les transactions
Selon Joseph Kazibaziba, l’enjeu est aussi technique et financier : établir des prix libellés en francs congolais pour l’achat d’or afin de permettre aux vendeurs de dire « je vais vendre » dans un cadre plus transparent, au lieu de traiter les transactions à travers des montants en dollars.
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Le directeur général estime que la stratégie contribue progressivement à dollariser moins un marché encore largement influencé par des pratiques externes.
« Je pense que la banque centrale pourra y arriver rapidement, pour que finalement nous ayons ce référentiel d’achat d’or. Ça veut dire que quand on venait vendre de l’or, que tu dis « je vais vendre », au lieu de parler de 155 000 dollars un kilo, vous en discutez déjà en francs congolais. Parce qu’aujourd’hui, les paiements en soi sont faits en francs congolais. Donc on a réussi finalement, au petit à petit, on est en train de dollariser ce marché d’or qui est encore un exploit », a ajouté le directeur général.
Pour étayer son argumentaire, Me Joseph Kazibaziba prend l’exemple de la période où le marché de Dubaï aurait été fermé : dans un tel contexte, la RDC s’est appuyée sur la capacité de la banque centrale à mobiliser les francs congolais pour soutenir l’achat d’or.
« C’est là où je me dis peut-être que la vision du chef de l’État était beaucoup. Il savait ce qui viendrait dans trois ans. Il y a à peine quelques semaines où le marché de Dubaï était fermé, on ne pouvait pas recevoir de l’argent venant de Dubaï pour acheter de l’or. Heureusement, il y avait déjà la banque centrale qui pouvait disponibiliser les francs congolais pour acheter de l’or », a dit le DG.
Vers une reconquête du marché d’ici 2030
In fine, DRC GOLD Trading SA présente cette feuille de route comme une réponse directe à une « hémorragie économique » liée aux sorties illicites d’or. L’entreprise affirme avoir déjà franchi une étape dans la reprise en main du secteur, et entend poursuivre l’élan.
D’ici 2030, l’ambition est de reconquérir le marché et de capter jusqu’à 50 tonnes d’or, en misant à la fois sur la transformation locale, l’encadrement des transactions et la montée en puissance dans les zones de production artisanale.


















































