Le gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso a dressé jeudi 13 août un bilan « reluisant » de sa gouvernance, une année après sa nomination.
S’exprimant dans un Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera sur X, il a mis en avant l’appréciation du franc congolais face au dollar américain et les retombées économiques et sociales notamment l’amélioration du pouvoir d’achat et l’allègement de dépenses essentielles pour la population.
D’emblée, André Wameso a salué une appréciation historique jamais enregistrée depuis le lancement du franc congolais en 1998.
« Depuis le lancement du franc Congolais en 1998, jamais notre monnaie nationale ne s’est appréciée face à la principale devise étrangère le dollar américain qui est en libre circulation dans notre pays et ça s’est fait. Il y a eu appréciation monétaire assez remarquable, qui s’est ensuite suivie d’une stabilité consolidée depuis une année. Ceci, à mon sens, et d’après les observations, redonnait l’espoir, la confiance en notre monnaie nationale », a affirmé André Wameso.
Interrogé sur les causes de cette appréciation, le gouverneur a évoqué la correction d’un outil prudentiel à savoir, les réserves obligatoires plutôt que des interventions sur le marché des changes.
Pour étayer son propos, André Wameso explique que ces réserves étaient auparavant constituées dans une monnaie qui ne reflétait pas correctement les évolutions du taux de change favorisant un mécanisme de transmission et contribuant à des déséquilibres, conduisant à des mouvements de devise.
« L’appréciation du franc congolais n’était pas due aux interventions sur le marché des changes, mais plutôt due à une correction d’un outil prudentiel qu’on appelle les réserves obligatoires. Quand on parle d’appréciation artificielle du franc on devrait avoir la même rigueur pour expliquer la dépréciation du franc puisque de 2019 à 2023 est resté très stable aux alentours de 2000 francs pour un dollar. Mais qu’est-ce qui a expliqué que du jour au lendemain le franc a commencé à dévisser par rapport au dollar? Étant donné que notre population ou bien même les intellectuels congolais se sont habitués à voir la dépréciation, ils ne se sont pas posés les bonnes questions sur cette dépréciation qui a commencé vers 2023 pour s’aggraver en 2024 », a-t-il déclaré.
En outre, le gouverneur a relié la dynamique de la période récente à des ajustements non suivis ou à des effets « boule de neige » dans la gestion de liquidité des banques.
« En fait, il y a eu une raison : À l’origine, le réserve obligatoire sont une exigence de la Banque Centrale pour protéger les déposants. Elle demande aux banques commerciales de réserver une partie des dépôts pour faire en sorte que si quelqu’un qui a déposé son argent à la banque vient le récupérer que cet argent puisse être toujours disponible. À l’origine toute cette réserve obligatoire était constituée dans la monnaie nationale et les banques commerciales ont argumenté en disant que les dépôts étaient essentiellement en dollars, si la banque centrale devait mettre en place ce coefficient de réserve obligatoire pour permettre à ce que les déposants puissent récupérer leur argent quand ils arrivent au guichet. Il était tout à fait logique que la Banque Centrale exige que ce coefficient de réserve obligatoire soit exprimé dans la devise du dépôt. Après des discussions entre la BCC et les banques commerciales ainsi qu’avec l’intervention du fonds monétaire international (FMI), la BCC a accédé à la demande des banques commerciales pour pouvoir faire en sorte que la réserve obligatoire soit constituée dans la devise du dépôt. Cependant, il y a eu un stock de réserve obligatoire qui était constitué en monnaie nationale qu’il fallait cristalliser et commencer avec la nouvelle pratique. Cette masse monétaire représentait l’équivalent des dépôts dans la monnaie étrangère qu’est le dollar. Je donne un exemple simple: vous avez 10 milliards de dépôts en dollar, vous avez 10% de coefficient de réserve obligatoire pour ces dépôts. Ça fait que les banques doivent mettre de côté 1 milliard USD. Donc si au moment où ils ont mis ces 10% de côté le franc congolais est à 2000 comme c’était le cas dans les années 2020-2021, c’est comme si il y avait 2000 milliards de réserve obligatoire en franc congolais. Ce coefficient est toujours de 10% et que si pour une raison ou une autre il y a depréciation de la monnaie on passe de 2000 francs à 2100 francs pour le dollar cette réserve obligatoire en réalité devrait être plus importante parce qu’avec 2100 francs car le milliard ne représente plus les 10% des dépôts les 10 milliards de dépôt. La conséquence de ça c’est que si on ne réajuste pas ce coefficient qui était à 10% c’est comme si les 100 francs supplémentaires de dépression représentaient au fait une injection des francs congolais en circulation. Le fait que ce coefficient obligatoire n’était pas réajusté pour tenir compte de la dépression c’était l’équivalent de l’augmentation des francs congolais en circulation c’est-à-dire que les banques commerciales avaient plus de francs congolais puisqu’ils ne stérélisaient pas avec le coefficient de réserve obligatoire au même niveau et ça crée ce qu’on appelle en finance un effet boule de neige c’est-à-dire: plus de francs congolais, plus de dépréciation sur la devise », a ajouté André Wameso.
Qui plus est, le gouverneur de la BCC a indiqué que le taux de change n’est pas forcément influencé les agrégats macro-économiques.
« C’est plus l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie qui favorise la fixation des prix. Quand vous avez beaucoup de francs congolais en circulation dans une économie dollarisée comme la nôtre, la recherche du dollar est naturel par les opérateurs économiques », a-t-il martelé.
André Wameso estime que cette dynamique a redonné confiance à la monnaie nationale et a favorisé un meilleur cadre pour l’économie, notamment en réduisant certains coûts importés ou indexés sur le dollar notamment le coût du loyer, le prix du carburant.
Le gouverneur soutient que, dans la pratique, la monnaie plus forte facilite les paiements et rend le financement de ces dépenses moins difficile qu’auparavant.
« Un ménage qui paye 500 dollars par mois de loyer, s’il touchait l’équivalent de 2 850.000 francs, le loyer en lui-même représentait près de la moitié de ce ménage quand le dollar était à 2850 le loyer étant fixé en dollars. Si les revenus du ménage restent à 2.850.000 de francs, ce qui était l’équivalent de 1 000 dollars avant l’appréciation, l’équivalent de 2 850.000 francs, c’est à peu près 1 300 et quelques dollars. Il y a un gain substantiel d’environ 300 dollars pour ce ménage », a-t-il indiqué.
Au-delà du loyer, la BCC évoque d’autres effets positifs observés dans les dépenses quotidiennes notamment une diminution du prix du carburant, une baisse du prix du pain et du ciment à Kinshasa.
« Avec l’appréciation du franc, les ménages ont pu faire passe beaucoup plus facilement aux frais scolaires et aux frais académiques de leurs enfants. Il y a eu aussi comme effet important la diminution du prix du carburant. Il faut savoir qu’avant cette appréciation, nous étions à 2 940 dollars le litre. À la faveur de l’appréciation, ce même litre a baissé jusqu’à 2 440 et il y a eu une légère hausse à cause de la crise actuelle au niveau de l’Iran avec le blocus qu’on connaît du détroit d’Ormuz qui a fait grimper les prix et il n’y a eu qu’un ajustement de 200 francs à la pompe. Donc pour la majorité des ménages, des fonctionnaires qui sont payés en franc congolais et de ceux qui sont dans ce secteur de transport, ça fait des allégements substantiels en termes de dépenses. Et nous avons le prix du pain qui a baissé, le sac de ciment qui était à 32 000 francs en moyenne à Kinshasa par exemple a baissé jusqu’à entre 23 000 et 25 000 pour un sac de ciment. Donc les gens qui disent qu’il n’y a pas eu un effet positif sur le pouvoir d’achat voilà les quelques démonstrations avec chiffres à l’appui qui montrent que pour beaucoup de ménages, la situation s’est nettement améliorée », a-t-il poursuivi.
Le gouverneur de la Banque Centrale a appelé à une lecture « sérieuse » partant des postes de dépenses les plus lourds pour les ménages notamment le logement, l’éducation et les coûts de base pour mesurer les effets directs l’appréciation de la monnaie nationale.











































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