Le vice-premier ministre en charge de la Fonction publique, de la Modernisation de l’Administration et de l’Innovation du service public, Jean-Pierre Lihau a présenté le bilan mi-parcours des réformes engagées dans son secteur depuis sa prise de fonctions. C’était lors du lancement de la première revue intitulée « La Fonction publique en chiffres », un instrument de transparence et de pilotage fondé sur des données vérifiables.
S’adressant à la presse et aux partenaires, Jean-Pierre Lihau a expliqué que l’une des priorités de son ministère consistait à mettre fin à l’opacité statistique qui, selon lui, a longtemps affecté la gouvernance des ressources humaines de l’État.
« Le pays a fait le choix irréversible de bâtir une administration publique moderne, performante, transparente et redevable. Suivant cette vision, nous avons fait le choix d’une gouvernance basée sur la transparence des chiffres, fondée sur l’évidence, la certitude et non plus les approximations. Nous avons fait le choix d’une administration qui ne se contente plus d’exister, mais qui rend compte. Une administration qui ne se contente plus d’agir, mais qui démontre. Une administration qui ne se contente plus de proclamer, mais qui mesure. Ce qui ne se mesure pas, ne se gère pas », a déclaré Jean-Pierre Lihau qui paraphrase le professeur Peter Bruecker.
Un décalage entre agents déclarés et agents certifiés réguliers
Au cœur des informations présentées figure un constat chiffré jugé révélateur : sur plus de 1,4 million d’agents déclarés, seuls 549 121 seraient, à ce stade, certifiés réguliers après les différentes étapes prévues par la réforme.
Le vice-premier ministre a indiqué que la démarche s’est déroulée en plusieurs phases, marquées successivement par un « tamisage » et des opérations de certification, avant la poursuite par l’identification physique.
Il a rappelé qu’en amont, les effectifs avaient été estimés à 1 480 000 fonctionnaires (hors catégories spécifiques mentionnées dans son exposé). Après une première opération de consolidation, le volume déclaré aurait été ramené à 1 425 086 avant le lancement de la certification. À l’issue de cette phase, le nombre d’agents publics de l’État serait descendu à 677 630, avant de connaître une nouvelle baisse lors de l’identification physique, pour atteindre 549 121.
Des opérations d’identification biométrique et la mise à disposition d’annuaires
Jean-Pierre Lihau a aussi présenté le volet opérationnel de la réforme : depuis 2022, des opérations d’identification biométrique ont été menées sur l’ensemble du territoire, en vue de vérifier et d’archiver la situation administrative des agents.
Selon les responsables évoqués, des annuaires alphabétiques et numériques sont en cours de publication, et l’existence d’un portail de la Fonction publique permettrait, pour chaque agent, de connaître sa situation administrative (notamment s’il est certifié régulier), sa photo et sa position administrative.
L’objectif affiché est de disposer d’une maîtrise plus complète des effectifs afin de réorganiser le service et de renforcer les capacités humaines, dans le but d’améliorer la qualité du service public.
Vers une mécanisation progressive : plus de 195 000 agents déjà régularisés
Dans son exposé, le vice-premier ministre a également évoqué la question des agents NP (non payés) et qui réclament la mécanisation. Il a affirmé qu’au terme des opérations d’assainissement, 195 000 agents ont été progressivement mécanisés, tout en réaffirmant l’orientation générale donnée par la Présidence de la République, visant à remettre l’administration sur la voie de la normalité.
Pour étayer sa communication, Jean-Pierre Lihau a donné plusieurs chiffres par province, distinguant les agents déclarés, ceux certifiés réguliers et, selon les cas, ceux identifiés physiquement. Parmi les données mentionnées figurent notamment :
- Kinshasa: 450 774 agents déclarés, 196 958 certifiés réguliers, et seulement 148 104 identifiés physiquement.
- Kasaï :30 256 déclarés; 17 158 certifiés réguliers
- Kasaï central: 38 975 ont été déclarés; 29 379 certifiés réguliers
- Kasaï oriental: 40 268 déclarés; 29 654 certifiés réguliers
- Lomami: 37 975 agents déclarés; 14 272 certifiés réguliers
- Kongo central: 60 254 agents déclarés; 39 806 certifiés réguliers
- Kwango: 30 586 agents déclarés; 18 622 certifiés réguliers
- Kwilu: 40 568 agents déclarés; 32 276 certifiés réguliers
- Maniema: 45 365 agents déclarés; 16 555 certifiés réguliers
- Mongala: 31 586 agents déclarés; 15 025 certifiés réguliers
- Haut-Katanga : 40 586 agents déclarés; 24 695 certifiés réguliers
- Lomami : 35 896 agents déclarés; 9 627 certifiés réguliers
- Lualaba: 39 558 agents déclarés; 11 196 certifiés réguliers
- Tanganyika: 48 658 agents déclarés; 9 727 certifiés réguliers
- Tshopo: 34 852 agents déclarés; 23 447 certifiés réguliers
- Nord-Ubangi: 41 796 agents déclarés; 13 918 certifiés réguliers
- Bas-Uélé: 37 796 agents déclarés; 7 430 certifiés réguliers
- Équateur: 30 698 agents déclarés; 19 417 certifiés réguliers
- Haut-Uélé: 36 005 agents déclarés; 8 038 certifiés réguliers
- Ituri: 33 298 agents déclarés et 14 288 certifiés réguliers
- Maï-ndombe: 41 569 agents déclarés; 30 975 certifiés réguliers
- Tshuapa : 33 568 agents déclarés; 17 656 certifiés réguliers
- Sud-Ubangi: 34 974 agents déclarés; 17 531 certifiés réguliers
- Nord-Kivu : 43 698 agents déclarés; 26 500 certifiés réguliers
- Sud-Kivu: 42 569 agents déclarés; 23 002 agents certifiés réguliers
- Sankuru: 43 458 agents déclarés; 10 478 certifiés réguliers.
« La consolidation continue, singulièrement pour le Nord et Sud-Kivu. J’ajouterai là, sur ces deux provinces, la province de Sankuru, où la consolidation est en train de se poursuivre. Pour Sud Kivu, Nord- Kivu, la validation est en attente en ce qui concerne l’identification physique des agents et fonctionnaires de l’État, parce que certains territoires, déjà à l’époque, n’avaient pas été concernés jusque-là et nous croyons le faire dans les prochaines semaines, dans le prochain mois, alors que ces territoires seront, comme nous l’espérons, libérés », a-t-il indiqué.
Les causes historiques des difficultés de gestion mises en avant
Dans son harangue, le vice-premier ministre inscrit le phénomène dans une perspective historique. Il a notamment évoqué des décisions ayant conduit, selon lui, à une gestion moins centralisée des ressources humaines.
Le gestionnaire des ressources humaines de la RDC a fait référence à une période de réorganisation administrative (notamment la suppression du ministère de la Fonction publique en 1972) puis à la récréation de la Fonction publique autour de 1980.
« Le premier temps problématique est d’ailleurs lié à notre histoire qui remonte en effet en 1972. Lorsque le gouvernement de l’époque décida de supprimer le ministère de la fonction publique. À cette époque, on avait jugé que la gestion des ressources humaines de l’État pouvait être assurée par chaque département ou ministère aujourd’hui. Ainsi, chaque département recrutait et gérait les agents publics de l’État comme bon lui semblait négocier la rémunération de son personnel. Bref chacun faisait ce qu’il voulait en termes des ressources humaines, sous la vigilance éclairée et déclarée d’une commission à vocation politique, la COPAP, les anciens en savent quelque chose. Les catastrophes administratives budgétaires et sociales que cette réforme a infligé à notre état en matière de maîtrise des effectifs et de la masse salariale furent pour le moins incommensurables. La gestion des ressources humaines avait échappé au contrôle de l’Etat lui-même. C’est là que l’on se souvint de l’ultime nécessité de ressusciter la Fonction Publique , d’avoir un et un seul gestionnaire des ressources humaines de l’Etat qui élabore et met en oeuvre les politiques publiques en matière de gouvernance des ressources humaines de l’Etat », a-t-il expliqué.
Dans cette logique, il a évoqué des séquelles administratives et des pratiques conduisant à des affectations sans planification ni budgétisation suivies de régularisations tardives.
« Alors en 1980, la Fonction Publique fut récréée pour alors récolter les morceaux de la gestion exsangue des ressources humaines de l’état. Aussitôt récréée, la Fonction Publique fut plongée dans une guerre de survie sans merci car les textes avaient bel et bien changé mais la mentalité du libertinage et de politisation de l’administration avait résisté. Cette réalité est également très forte aujourd’hui. Les séquelles de la réforme de 1972 nous hantent encore jusqu’à ce jour. Il n’y a qu’à constater la tendance autonomiste des administrations à travers le phénomène NU. On affecte d’abord des agents par milliers et ensuite quelques années plus tard on envoie l’hélice à la Fonction Publique pour régularisation. Ce phénomène abject est à la base du déraillement dans la gestion des ressources humaines du secteur public », a-t-il renchéri.
Un « redressement » en cours
Somme toute, Jean-Pierre Lihau estime que « La Fonction publique en chiffres » permettra à l’État pour la première fois de se regarder à travers ses propres données, d’objectiver la situation, de documenter les fragilités et de mesurer les progrès et de consolider les données.
« L’ambition de La Fonction publique en chiffres est de mettre fin à l’insuffisance chronique des données fiables et en souvent favoriser à des perceptions erronées sur la gestion des ressources humaines de l’État et de permettre à tous d’avoir une source fiable d’informations sur l’ensemble des ressources humaines de l’État. Les données que présente aujourd’hui la fonction publique en chiffres ne sont pas muettes. Elles parlent. Et ce qu’elles disent est fondamental. Elles rencontrent notre histoire administrative. Elles révèlent nos fragilités.Elles mettent en lumière nos progrès et démontrent également que les redressements sont en cours et qu’il y a des fenêtres d’opportunités », a-t-il conclu.




















































