Premier ministre lors de la reddition du mouvement du 23 mars (M23) en 2013, Augustin Matata Ponyo a partagé son analyse concernant la crise sécuritaire dans l’est du pays, exacerbée par le retour en force de ce mouvement qui contrôle de vastes territoires dans le Nord et le Sud-Kivu, y compris les villes de Goma et de Bukavu.
Matata souligne que la crise actuelle résulte principalement de la mauvaise gestion de la res publica.
« La guerre ne peut être gagnée que par une armée disciplinée. La discipline, la bonne gouvernance, sont la mère de l’armée. Lorsque j’étais Premier ministre, j’ai instauré la gouvernance dans tous les secteurs de l’économie, y compris celui de la défense, ce qui a permis de mettre fin à ce mouvement », a-t-il déclaré.
Dans ce contexte, le député national, condamné en mai 2025 pour détournement de fonds publics, a évoqué l’absence d’un leadership fort à la tête de l’État.
« Aujourd’hui, les gens se focalisent sur la rébellion, mais quels sont les véritables problèmes sous-jacents ? C’est la mauvaise gouvernance. Jamais la RDC n’a été aussi mal gérée qu’aujourd’hui. C’est un problème de leadership et de gouvernance », a expliqué Matata. Il précise que cette mauvaise gestion se manifeste par des tensions salariales, la dégradation des infrastructures routières, la dépréciation du franc congolais, et la décadence des entreprises publiques, malgré l’augmentation du budget national.
« Avec un budget de 5 milliards de dollars lors de mon mandat, les salaires étaient versés le 15 juin, les routes étaient modernisées et de nouvelles compagnies étaient créées, notamment des compagnies aériennes et de transport en commun. Maintenant, avec près de 16 milliards de dollars de budget, toutes les routes sont en mauvais état, les entreprises ont fait faillite, les salaires ne sont plus payés, et la monnaie s’est dépréciée. Bref, c’est une catastrophe naturelle, au cœur de laquelle se trouve la mauvaise gouvernance et un déficit chronique de leadership », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, il a révélé que des opposants en exil collaborent avec des partenaires étrangers pour démontrer que le problème de la RDC ne réside pas uniquement dans la rébellion.
« À la base de cette rébellion se trouve la mauvaise gouvernance chronique. Une gestion fondamentalement axée sur la famille, la tribu et le copinage », a affirmé Matata.
Concernant les efforts diplomatiques en cours pour résoudre cette crise aux conséquences économiques et humanitaires gravissimes, Matata Ponyo a insisté sur la nécessité d’établir la confiance entre les acteurs socio-politiques internes.
« Les accords externes, tant qu’ils ne reposent pas sur la confiance entre les acteurs politiques et entre la population et les dirigeants, n’ont aucune valeur », a-t-il déclaré.
Il a réaffirmé la position du mouvement d’opposition « Sauvons la RDC », initié par l’ancien président Joseph Kabila, en faveur d’un dialogue national inclusif promu par le tandem CENCO-ECC.
« En effet, tous les accords externes, qu’il s’agisse de Doha, Washington ou d’Angola, ne porteront leurs fruits que si la confiance est restaurée. Cette confiance ne peut être rétablie que par un dialogue inclusif avec le peuple », a-t-il conclu.




















































