La RDC est en deuil après l’éboulement tragique survenu le 28 janvier dernier sur le site minier de Luwowo, dans l’agglomération de Gasasa, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu).
Selon le gouvernement congolais, cette catastrophe, qui a coûté la vie à au moins 200 personnes, principalement des creuseurs artisanaux, est liée à l’exploitation « sauvage » des ressources naturelles particulièrement le coltan par le Rwanda et le M23.
D’après des rapports sur le terrain, les victimes ont été ensevelies alors qu’elles se trouvaient dans ou près des puits de creusage, dans des conditions de sécurité précaires.
Dans un communiqué, le gouvernement a exprimé a rappelé que le périmètre minier de Rubaya avait été classé « rouge », interdisant toute activité d’exploitation, y compris artisanale, en vertu d’arrêtés ministériels en vigueur depuis février 2025.
Le gouvernement a dénoncé un système organisé de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles, qui alimente un marché noir industriel et finance des groupes armés. Chaque mois, entre 112 et 125 tonnes de coltan sont extraites dans des conditions extrêmes, alimentant une économie de guerre et véhiculant des minerais vers le Rwanda sans autorisation.
Pour étayer ces accusations, Kinshasa a mis en exergue des rapports démontrant une augmentation de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, soulignant des pratiques illégales de blanchiment de minerais congolais.
« Les activités de creusage poursuivies sur ce site s’effectuent donc en violation flagrante de la loi et sans respect d’aucune norme de sécurité. Les activités minières exercées dans ce contexte d’occupation armée constituent un système structuré de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles, inscrit dans une chaîne d’approvisionnement illicite d’ampleur industrielle, allant de l’extraction à la commercialisation frauduleuse des minerais au profit du Rwanda, comme l’attestent les dernières statistiques disponibles », indique le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
De plus, le gouvernement a déploré l’inefficacité des mécanismes internationaux de traçabilité et de certification y compris de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) qui n’ont pas réussi à empêcher l’écoulement de ces ressources.
Rappelant que ces actes tombent sous le coup de plusieurs régulations internationales, notamment celles qui interdisent le pillage en temps de guerre, le gouvernement congolais a réaffirmé sa détermination à rétablir l’autorité de l’État et à mettre fin à toute exploitation illégale des ressources.
« Le Gouvernement dénonce également l’imprudence des acheteurs finaux et des acteurs économiques internationaux qui continuent de s’approvisionner auprès du Rwanda en minerais issus de Rubaya, en dépit du classement officiel de ces sites et des alertes répétées des autorités Congolaises, contribuant ainsi indirectement au financement des groupes armés et à l’exploitation violente des creuseurs artisanaux. Ces actes sont prohibés notamment par l’article 47 du Règlement annexé à la Convention de La Haye de 1907 et l’article 33 de la Quatrième Convention de Genève de 1949, qui interdisent formellement le pillage. Ils constituent également des crimes de guerre au sens de l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, relatif au pillage et aux atteintes graves portées aux civils en situation de conflit armé. Ils violent enfin les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment les résolutions 1952 (2010), 2293 (2016) et 2773 (2025), qui condamnent l’exploitation illégale des ressources naturelles et établissent son lien direct avec le financement des groupes armés opérant en RDC », condamne Patrick Muyaya.
Il appelle également la communauté internationale à prendre conscience des conséquences tragiques de l’occupation armée et de l’exploitation « sauvage » des ressources naturelles.
Ce drame s’inscrit dans un contexte tragique où plus de 300 civils avaient déjà perdu la vie dans des circonstances similaires en juin 2025 sur le même site.
Depuis sa chute en 2024, Rubaya est l’une des plaques tournantes de la fraude et de la contrebande de ressources minières. Ce sont plusieurs centaines de tonnes de minerais dont le coltan qui sont frauduleusement exportées vers des pays voisins de RDC, principalement le Rwanda.
Les terroristes du M23, supplétifs de l’armée rwandaise (RDF) qui contrôlent des localités dans les territoires de Masisi, Walikale et Rutshuru dans le Nord-Kivu, l’est de la RDC, ont installé une administration parallèle dans la région minière de Rubaya depuis avril 2024. Celle-ci gère les activités de production minière dans au moins une dizaine de sites de production du coltan, notamment à Luhoho, Kalindi, Rukaza, SMB, Nyagisenyi et autres
Le commerce de la région de Rubaya, qui fournit plus de 15 % de la production mondiale de tantale essentiel à la fabrication des équipements électroniques modernes, génère environ 300 000 dollars américains par mois pour le groupe armé.
Dans sa mise à jour en 2025, les experts de l’ONU estiment que les gisements de Rubaya rapportent environ 800 000 dollars par mois au M23, grâce à une taxe de sept dollars par kilo, prélevée sur la production et le commerce du coltan. Ces sommes ne représentent qu’une fraction des revenus issus de la taxation du commerce par le mouvement.
« Le M23 a mis en place à Rubaya une administration semblable à celle d’un État, en créant notamment un ministère chargé de l’exploitation des minéraux qui délivre des permis aux creuseurs et aux opérateurs économique », affirment les experts de l’ONU.















































