Le sort du général-major Sylvain Ekenge a été rapidement scellé après la suspension de ses fonctions de porte-parole des forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) pour avoir tenu des propos jugés « incompatibles avec les valeurs patriotiques ». Désormais, le capitaine Anthony Mwalushayi est lui aussi visé par une mesure disciplinaire interne.
Selon une source militaire, le porte-parole des opérations de traque de la milice Mobondo, qui sévit dans le Grand Bandundu, a été rappelé d’urgence à Kinshasa par la hiérarchie.
Bien que les raisons officielles de cette décision n’aient pas été révélées, plusieurs sources indicent qu’elle fait suite à une déclaration tonitruante faite par Mwalushayi lors d’une conférence de presse à Kikwit, fin décembre 2025. Face aux médias, il a ouvertement dénoncé l’implication de certaines figures politiques proches du président Félix Tshisekedi dans le soutien à la milice Mobondo.
Cet officier de l’armée congolaise a déclaré que « la majorité des personnes derrière Mobondo sont souvent liées au Président de la République ». Pour étayer ses accusations, il a affirmé que des membres capturés de Mobondo avaient révélé des noms, incluant des personnalités du cercle rapproché du président.
« La majorité des personnes qui soutiennent Mobondo sont également derrière le président. Pendant la journée, elles se comportent en agneaux, mais la nuit, ce sont elles qui dirigent Mobondo. Les capturés ont cité des noms, et les services enquêtent », a-t-il insisté.
Le capitaine a également averti que si le gouvernement de Kinshasa continuait de soutenir ces manipulateurs pour des raisons politiques, les forces militaires agiraient en conséquence. « Si Kinshasa donne raison à ces beaux parleurs qui soutiennent le mouvement Mobondo pour des intérêts politiques, nous, militaires, ferons notre devoir, un devoir que l’on accomplit non avec un stylo, mais avec des armes », a-t-il prévenu.
Cette révélation du porte-parole des opérations militaires dans le Grand Bandundu contraste fortement avec la position récemment exprimée par le gouvernement, notamment par le vice-premier ministre des Transports et ancien ministre de la Défense nationale, Jean-Pierre Bemba Gombo.
Lors d’un meeting populaire à Kikwit (Kwilu), où il incitait les jeunes à rejoindre l’armée pour défendre la patrie contre ses agresseurs en mars 2025, Bemba avait accusé l’ancien président Joseph Kabila d’être l’instigateur des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ainsi que ceux de l’Alliance Fleuve Congo dirigée par Corneille Nangaa.
L’ancien ministre de la Défense avait également affirmé détenir des preuves concernant l’implication de Joseph Kabila dans le soutien aux miliciens Mobondo, présents dans les provinces du Grand Bandundu, notamment le Maï-Ndombe, le Kwilu, le Kwango, le Kongo Central et une partie de Kinshasa, en plus de son soutien aux M23 et à l’AFC.
« Il y a une main noire derrière cette problématique Mobondo. Depuis ma naissance, même à l’époque du Zaïre, je n’ai jamais entendu parler de tribus s’entretuer. Connaissez-vous la personne derrière cela ? C’est Kabila. Les capturés nous ont révélé qui finance l’insécurité, qui corrompt et assassine nos chefs. Tout cela mène à Kabila », avait déclaré Jean-Pierre Bemba.
« J’ai en ma possession toutes les preuves du soutien de Joseph Kabila aux rebelles de l’AFC, du M23 et des miliciens Mobondo. C’est pour cela qu’il a fui le pays. Il est allé à Lubumbashi avant de quitter le territoire par la Zambie. Il sait qu’il a été démasqué et c’est pourquoi il s’est exilé », avait-il affirmé.
La convocation du porte-parole des opérations « Ngemba » intervient alors que le président de la République a mis en garde contre l’improvisation dans la communication officielle de l’Etat soulignant que toute parole publique, particulièrement d’une institution aussi sensible et stratégique que l’armée nationale, engage non seulement la crédibilité de l’État, mais aussi son autorité morale et sa capacité à rassembler la nation.
« La communication de l’État doit, en toutes circonstances, être portée avec retenue, responsabilité et clarté d’objectifs, en particulier lorsqu’elle concerne des questions complexes, délicates ou susceptibles d’avoir des répercussions sécuritaires, sociales, politiques ou diplomatiques», a-t-il argué vendredi, lors de la première réunion du Conseil des ministres de 2026.
Félix Tshisekedi a appelé tous les membres du gouvernement, ainsi que les acteurs civils et militaires, à faire preuve de prudence et de responsabilité dans leurs discours publics, afin d’éviter de potentielles escalades sur des questions touchant la sécurité, la cohésion sociale et les relations institutionnelles.
Le Chef de l’Etat a également encouragé chaque responsable à bien se documenter sur les enjeux abordés et à évaluer la portée de leurs déclarations.
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