La coalition Congo N’est Pas à Vendre (CNPAV), regroupant plusieurs ONG nationales et internationales a présenté mercredi 29 octobre, une note sur la gestion des fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre des six jours à Kisangani.
Ce rapport issu d’une enquête menée par le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) décèle de nombreuses irrégularités liées à la transparence et à l’utilisation des fonds alloués.
Au cours d’une conférence de presse organisée à Kinshasa, Christelle Nsimba, chargée de communication de cette ASBL a indiqué que cette enquête réalisée entre juin et août 2025, a examiné de fond à comble la gestion de près de 195 millions de dollars américains mis à la disposition du Fonds spécial de Répartition et d’Indemnisation en Faveur des Victimes des Activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO).
Elle a révélé que de cette somme, 105 millions de dollars étaient spécifiquement destinés à indemniser les victimes. Cependant, jusqu’au 8 octobre 2024, seules 2,08 millions de dollars, soit 1,98 % de ce montant, ont été versés aux victimes.
Le CREFDL a pointé plusieurs irrégularités dans la gestion de ces fonds notamment le fait qu’aucune loi de finances ne retrace l’encaissement des montants dans les comptes de l’État et FRIVAO n’apparaît pas dans les documents budgétaires officiels.
De plus, Christelle Nsimba révèle que des fonds ont été détournés pour des dépenses non liées aux indemnisations, comme le paiement de consultants et l’achat de véhicules pour le ministère de la Justice.
Pour étayer, elle a allègue qu’en plus d’un virement des frais de fonctionnement de 822.797 dollars américains affectés à FRIVAO, des intérêts de 731 835,59 dollars américains générés par ce dépôt ont été virés au compte de fonctionnement de FRIVAO pour couvrir notamment la rémunération.
De plus, une avance de 172 800 USD a été décaissée au titre de frais d’’d’installation des membres du Conseil d’Administration et ceux de la Coordination sur les fonds destinés aux indemnisations ;
« Pire encore, l’argent des victimes a même servi à financer les activités d’un bureau de change basé à Kinshasa, dénommé CLIC CHANGE SARL à hauteur de 4,2 millions $ », a-t-elle ajouté soulignant que plusieurs retraits en cash ont été signalés en faveur du ministre de la Justice.
Face à ces révélations, le CREFDL recommande à la Première Ministre de dissoudre FRIVAO et de transférer la responsabilité d’indemnisation à des organismes plus transparents, tels que la Commission de Gestion des Biens Saisis et Confisqués (COGEBISCO) ou au Fonds de Lutte Contre le Crime Organisé, FOLUCCO qui disposent déjà des lignes de crédits dans la Loi de finances de l’année.
La structure a également demandé au ministre de la Justice de suspendre l’opération de paiement des victimes de la guerre à Kisangani et d’en effectuer une évaluation à mi-parcours et d’ouvrir une enquête sur les gestionnaires des comptes liés à ces fonds.
Dans son arrêt du 9 février 2022, la Cour internationale de Justice a condamné l’Ougande à verser 325 millions de dollars américains des réparations suite à ses activités belliqueuses à Kisangani.
Sur le total du montant, 225 millions de dollars étaient destinés à financer la réparation des dommages causés aux personnes, comprenant les pertes en vies humaines, les viols, les recrutements d’enfants soldats et les déplacements de civils ; 40 millions de dollars pour les dommages causés aux biens et 60 millions de dollars pour les dommages afférents aux ressources naturelles.




















































