Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye a évoqué le risque d’un embrasement régional à l’égard des tensions alimentées par le Rwanda.
Au cours d’une interview accordée à la BBC, Évariste Ndayishimiye rappelle que le Rwanda avait tenté de lancer un coup d’État il y a dix ans au Burundi, ce qui s’apparente à « ce qu’il fait aujourd’hui en République démocratique du Congo ».
Pour étayer ses propos, le Chef d’État burundais affirme que les « renseignements crédibles » en sa possession, prouvent que le Rwanda envisageait d’attaquer son pays.
« Ils diront qu’il s’agit d’un problème interne alors que c’est le Rwanda qui est le problème. Nous savons qu’il [le président rwandais Paul Kagame] a un plan pour attaquer le Burundi », a déclaré le président Ndayishimiye soulignant que « les Burundais n’accepteront pas d’être tués comme le sont les Congolais. Les Burundais sont des combattants ».
Cependant, il dit privilégier le dialogue et la mise en œuvre complète des accords existants entre les deux nations. Il estime que cet accord n’a pas été honoré par le Rwanda.
« Mais pour l’instant, nous n’avons pas l’intention d’attaquer le Rwanda. Nous voulons résoudre ce problème par le dialogue. Les auteurs du coup d’État de 2015 ont été organisés par le Rwanda, puis ils se sont enfuis. Le Rwanda est allé recruter les jeunes dans le camp de Mahama, il les a organisés, entraînés, leur a donné des armes, les a financées. Ils vivent dans la main du Rwanda. Nous appelons nos voisins à respecter les accords de paix que nous avons conclus. Il n’est pas nécessaire que nous fassions la guerre. Nous voulons le dialogue, mais nous ne resterons pas inactifs si nous sommes attaqués », a soutenu le président Ndayishimiye.
Abordant le conflit en cours dans l’est de RDC, Evariste Ndayishimiye est d’avis que l’enjeu de cette guerre menée par le Rwanda via les rebelles du M23, est économique. Pour lui, ces groupes rebelles, ces milices et des parties étrangères se disputent le contrôle des minerais précieux du pays.
« Des forces extérieures sont responsables de la perpétuation de ce conflit. Elles ne veulent pas la paix en RDC parce qu’elles veulent continuer à piller ses ressources. La crise en RDC ne concerne pas les personnes, mais les minerais », a-t-il confirmé, balayant d’un revers de la main le prétexte Rwandais, les FDLR.
« Le problème entre le Rwanda et la RDC est un petit problème, ils peuvent le résoudre sans tuer des gens. Par exemple, j’entends que le Rwanda dit qu’il va en RDC à cause des FDLR [un groupe rebelle rwandais accusé d’être lié au génocide de 1994].Mais qui est tué ? Je ne vois que des Congolais. Pourquoi tuent-ils des Congolais alors qu’ils disent qu’ils recherchent les FDLR ? », s’interroge le Chef de l’Etat.
D’après The Sentry, une organisation qui lutte contre la corruption, le Rwanda a exporté plus de 800 millions USD d’or à partir des mines congolaises occupées par le M23 depuis l’invasion des troupes rwandaises.
Récemment, l’Union Européenne a frappé le Rwanda pour exploitation illicite de l’or dans les zones occupées par les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) appuyés par les forces spéciales de l’armée rwandaise (RDF), dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. L’instance européenne renseigne que des minerais continuent d’être exploités dans les zones minières des régions contrôlées par le M23 et font l’objet d’un trafic vers le Rwanda au profit de l’Alliance Fleuve Congo/M23 et de l’économie rwandaise, où ces minerais provenant de zones de conflit sont mélangés à la production rwandaise.
Les sanctions européennes ont ciblé Gasabo Gold Refinery, une raffinerie d’or basée à Kigali et qui a commencé ses activités de raffinage le 1er juin 2022 à la suite de la fermeture de la raffinerie d’or d’Aldango (Aldango Gold Refinery).
L’EU explique que le passage en transit de l’or par le biais de la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo Gold Refinery, contribue à l’exportation illicite par l’intermédiaire du Rwanda de l’or extrait illégalement.
Malgré de nombreuses preuves fournies par les Nations unies, le Rwanda a toujours nié armer et soutenir le groupe rebelle M23, qui s’est récemment emparé de vastes régions de l’est de la République démocratique du Congo aux côtés des troupes rwandaises.
Le Rwanda a également nié avoir des liens avec le groupe rebelle résurgent Red Tabara, qui, selon le président Ndayishimiye, est une force supplétive similaire au M23 et est soutenue par le Rwanda pour déstabiliser le Burundi.




















































