Vendredi 24 mai, la présidence de la République démocratique du Congo annonce avec faste un entretien téléphonique entre le Président Félix Tshisekedi et son homologue polonais, Andrzej Duda.
Si les sources officielles indiquent que les deux Chefs d’Etat ont évoqué les sujets « d’intérêt commun », les relations bilatérales et la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, des officiels qui se sont confiés à Eco24.cd rapportent que le Président Duda a sollicité l’extradition d’un sujet polonais condamné à perpétuité 24 heures plus tôt.
En effet, arrêté depuis février, le polonais Mariusz Majewski a été jugé par un tribunal militaire puis condamné à la réclusion à perpétuité pour « espionnage et sabotage des installations des forces armées congolaises ».
Selon les enquêteurs congolais, Mariusz Majewski était « près de la ligne de front avec les miliciens Mobondo ; se déplaçait en première ligne sans l’autorisation des autorités compétentes et sans la compagnie d’agents qualifiés ; prendre des photos d’endroits sensibles et stratégiques ; observe secrètement les actions militaires ».
Cette version avancée par la justice militaire congolaise est rejetée par les proches du fugitif. D’après sa tante Renata Mackiewicz citée par le média polonais FAKT, Mariusz Majewski est un « voyageur de chair et de sang ».
A l’en croire, le fait que le voyage soit sa plus grande passion dans la vie est mieux mis en évidence par ses réalisations. Avant 40 ans, il a parcouru les 193 pays reconnus par l’ONU. Elle a exprimé ses inquiétudes sur les conditions de détention et la réponse du gouvernement polonais.
« Pendant ces cinq semaines à partir du 16 février, nous n’avions aucune idée de ce qui lui arrivait. Où il se trouve et s’il vit du tout. Quand il nous a appelés le 22 mars, il était terrifié. Il a dit qu’il était dans la prison de Makala Kinshasa, qu’ils portaient de terribles accusations contre lui. Nous savons tous que ce sont des calomnies, qu’il s’est juste retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Nous devons au président Duda et à sa visite au Rwanda que les Polonais sont là persona non grata. Qu’il prenait des photos ? Depuis plusieurs années, Mariusz a à peine pris des photos lorsqu’il voyage seul. Les seules exceptions sont les voyages avec des enfants, je le sais sur la base de voyages conjoints avec Mariusz », a confié à FAKT, Renata Mackiewicz qui a sollicité l’intervention des autorités polonaises.
« Le président interviendra dans cette affaire »
Au cours de la conférence de presse qui a eu lieu le 24 mai, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a souligné que Mariusz Majewski n’est pas un espion, mais un voyageur qui, « à la suite de la coïncidence et des événements s’est retrouvé en RDC, et son comportement résulte de l’ignorance des coutumes locales ».
Selon le ministère des Affaires étrangères, les difficultés dans l’affaire devaient également être le fait que Mariusz Majewski n’a pas informé de son départ des postes consulaires, qui devait prolonger le temps de détermination de son lieu de résidence. Malgré cette déclaration « tardive », aucune action n’avait été prise depuis son arrestation par le gouvernement polonais.
« Nous sommes conscients de la situation politique difficile en République démocratique du Congo, de la guerre civile en cours, d’une récente tentative de coup d’État. Nous espérons que la justice gagnera, et Mariusz Majewski ne sera pas empêtré dans une situation qui ne dépend pas de lui, mais qui est liée au jeu politique et à une malheureuse coïncidence d’événements », a déclaré Wroński.
Nonobstant le Président polonais, Andrzej Duda a promis qu’il se pencherait dans les jours à venir sur la question et tentera de résoudre cette affaire.
D’ailleurs, les Présidents Tshisekedi et Duda ont prévu de se rencontrer en septembre 2024 à New-York, aux USA, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Cette rencontre va précéder les visites officielles que chacun a promis d’effectuer dans le pays de l’autre.
Mais avant, Andrzej Duda a annoncé l’envoi à Kinshasa, dans les prochaines semaines, d’un émissaire spécial de la Pologne pour préparer l’organisation « d’une mission économique polonaise pour promouvoir les échanges commerciaux et la coopération entre les deux pays » dans les secteurs de la sécurité, l’agriculture, les infrastructures et la technologie.
« Les deux Chefs d’État se sont engagés à approfondir leurs discussions pour que leurs nations respectives en bénéficient économiquement, diplomatiquement et politiquement », relate laconiquement la presse présidentielle de la RDC.
Un appel pour se faire pardonner
L’arrestation de ce sujet polonais est intervenue dans un contexte marqué par l’indignation exprimée par Kinshasa après que le Président Polonais a annoncé la signature d’un accord militaire entre Kigali et Varsovie. Cet accord prévoyait d’armer et de renforcer les capacités logistiques du Rwanda, agresseur de la RDC, reconnu par l’ensemble de la communauté internationale.
Lors de sa visite officielle à Kigali en février de cette année, le Président Polonais avait promis de soutenir le Rwanda militairement pour faire face à toute « menace contre son intégrité ».
En réaction, le gouvernement congolais avait vigoureusement protesté contre cette attitude bicéphale de la Pologne qui a soutenu la RDC au niveau de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) pour condamner fermement le Rwanda du fait de son agression et de son soutien irréfutable aux terroristes M23 qui occupent de larges pans de terre au Nord-Kivu.
« À l’évidence, cette attitude pousse à croire que la Pologne s’est alliée au Rwanda dans son agression contre la République démocratique du Congo dont les troupes commettent impunément des actes d’atrocités sur le territoire Congolais. Face à ce comportement indélicat et délibéré du gouvernement polonais, la RDC se réserve le doit d’en tirer toutes les conséquences », avait pesté le chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula.




















































