Dans le Nord-Kivu, une province située dans l’est de la RDC, le Rwanda poursuit sa guerre à visée économique sur les terres congolaises, sous le silence absolu de la communauté internationale.
Après avoir pris le contrôle de l’importante cité minière de Rubaya en début de ce mois, l’armée Rwandaise et son supplétif, M23, procèdent à l’exploitation minière artisanale illicite sur des sites miniers dans ces périmètres par les populations locales, les autochtones de Rubaya et ses environs, y compris les enfants et les femmes enceintes.
Selon un communiqué de la ministre des Mines, Antoinette Nsamba Kalambayi, les minerais extraits de ces sites, acheminés à Goma, n’étaient pas vendus parce que non tagués par le système de traçabilité à cause de leur origine illicite.
Pour contourner cette difficulté, les vendeurs de ces minerais prenaient une autre trajectoire Rubaya-Mushake (où le M23 avait, pour besoin de la cause, érigé un grand entrepôt) et de Mushake vers le Rwanda ou l’Ouganda pour traitement et exportation.
Cependant, le gouvernement déplore que ces mêmes minerais, issus de l’exploitation illicite avec ses effets collatéraux une fois au Rwanda ou ailleurs, sont tagués et vendus normalement à l’international « comme si dans ces pays il existait des blanchisseries des minerais de sang ».
Une fois au courant de cette démarche, indique la même source, le Rwanda via le M23, a intensifié des attaques contre Rubaya.
« Aussitôt établi dans cet espace, le M23 y a tenu une grande réunion avec tous les creuseurs et négociants, les autorisant à poursuivre l’exploitation artisanale. Ils achètent les minerais produits, les entreposent dans leurs grands dépôts de Mushake avant de les acheminer au Rwanda », révèle la ministre congolaise des Mines.
Dans cette optique, la coalition rebelle a instauré une taxe de 3000 USD pour la tonne de Coltan et 2000 USD pour la tonne de cassitérite et le paiement se fait à Kigali après-vente.
« Par ailleurs, ils ont saisi tous les minerais destinés aux comptoirs congolais et les ont orientés vers Rwanda », affirme-t-elle.
La stratégie de diversion et le mutisme de la communauté internationale!
Aussi, la RDC accuse le Rwanda d’opter pour une stratégie de diversion consistant à surseoir à l’exportation des produits miniers dont les 3T (étain, tungstène et tantale), de peur d’enregistrer une hausse des statistiques d’exportation à la suite de l’occupation de Rubaya.
« Les minerais exploités sont donc entreposés pour leur exportation ultérieure. Nonobstant cette manœuvre de diversion, il appert que les minerais de la filière des 3T exportés par le Rwanda proviennent de la fraude, de la contrebande, de l’exploitation illicite et des crimes perpétrées dans la partie Est de la République agressée par le Rwanda et le M23 et leurs attaques suivent la direction des sites miniers », a-t-elle rapporté.
Kinshasa fustige l’attitude des instances internationales dont celles de la sous-région face au comportement du
Kigali qui exporte « les minerais de sang », en violation des toutes les dispositions internationales et régionales en la matière.
« Aussi, le ministère des Mines de la RDC voudrait-il rappeler que le processus de la création de la CIRGL a été lancé par le Conseil de Sécurité de l’ONU, dans le contexte des conflits armés dans la Région des Grands Lacs africains. Le Conseil de Sécurité avait alors reconnu la gravité de la situation en RDC et l’a même qualifiée de menace pour la paix et la sécurité internationales et pour la Région », rappelle Nsamba Kalambayi.
Somme toute, la République démocratique du Congo appelle à un embargo international contre le Rwanda.
Le ministère des Mines RDC attend de ses partenaires, en l’occurrence l’ONU et la CIRGL notamment une affirmation sans ambages de l’engagement de tous les acteurs, y compris les consommateurs finaux des produits miniers, pour un approvisionnement « sain et responsable » en substances minérales et, partant, qu’un embargo soit décrété à l’encontre du Rwanda.
Pour le gouvernement congolais est convaincu que cette option aura pour avantage de freiner le financement des conflits par les minerais; restaurer la confiance des parties prenantes; protéger les intérêts économiques légitimes de l’Etat; atténuer les violations des droits de l’homme par les groupes armés ainsi que les armées étrangères et rétablir la paix et la sécurité internationales.
Il importe de noter que depuis quelques mois, le gouvernement a autorisé à une Coopérative minière de la place de s’installer sur les sites exploités artisanalement dans les périmètres de l’ancien PE 4731, afin de fédérer tous les exploitants artisanaux présents avec l’assistance et sous l’encadrement du Service d’Assistance et d’Encadrement des Mines artisanales et à petite échelle (SAEMAPE) et de la Division des Mines du Nord-Kivu, en vue rétablir la traçabilité des flux des matières et canaliser toute la production dans le circuit officiel de commercialisation avec l’aide des entités de traitement régulièrement agréées et ce, en attendant les dispositions spécifiques à prendre sur ce gisement.




















































