Comme lors de 52ème session du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU en février 2023 à Genève en Suisse, Félix Tshisekedi est monté au créneau pour rappeler, en marge du mini-sommet sur la situation sécuritaire en République démocratique du Congo qui se tient à Addis Abeba en Éthiopie, le rôle du Rwanda et ses complices dans la déstabilisation de la partie orientale de son pays.
Le Président congolais indique qu’au moment où les initiatives et actions visant à régler la situation sécuritaire délétère dans l’Est depuis plus de deux décennies étaient en cours et commençaient à porter leurs fruits, les autorités rwandaises ont exhumé le M23 défait en 2013, pour agresser la RDC et bloquer le processus de paix de Nairobi.
Il affirme que derrière l’exhumation du M23, se trame la motivation inavouée de Kigali de poursuivre le pillage des ressources naturelles de la RDC et de placer sous imperium rwandais une partie de son territoire national, le Nord-Kivu.
« Cette guerre n’est pas une invention de la RDC. Une guerre pour continuer le pillage de mon pays et faire le bonheur du Rwanda et de ses complices. On ne peut pas prétendre devenir protecteur d’une communauté d’un pays voisin. On ne va jamais négocier avec le M23. Je veux la paix mais pas à n’importe quel prix », a asséné le Président Tshisekedi cité par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
La RDC est l’un des pays les plus riches en ressources naturelles au monde. Son sous-sol regorge du cuivre, du cobalt, du zinc, du fer, du coltan, de la cassitérite, de l’or, du manganèse, de la bauxite, de l’étain, du diamant, du pétrole, du gaz, etc. Pourtant, la RDC est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde. C’est dire que le peuple congolais bénéficie très peu de ces immenses ressources naturelles qui sont pourtant exploitées, pillées, directement par la corruption ou indirectement par d’abord par une guerre d’agression, puis par milices interposées dont le M23 soutenu directement par le Rwanda d’après plusieurs rapports de l’ONU.
Le Rwanda et l’Ouganda ont été, ces 20 dernières années, les principaux bénéficiaires des conflits de la RDC, qui leur ont permis de piller des ressources du pays. C’est le cas du Rwanda, qui a retiré d’importants bénéfices du pillage du coltan, de l’or et des diamants.
Grâce au pillage, le pays le Rwanda enregistre une embellie dans le secteur minier. Récemment, le gouvernement rwandais a annoncé que ses revenus des exportations minérales sont en hausse en 2023 et ont atteint plus de 1,1 milliard de dollars américains, contre 772 millions de dollars en 2022, soit une croissance de 43,0 %.
L’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB) attribue cette croissance à une valeur ajoutée accrue, à une professionnalisation continue, à un investissement accru dans la mécanisation et à la mise en œuvre stratégique de pratiques minières durables et responsables.
Les recettes des exportations de minéraux pour le quatrième trimestre 2023 (octobre à décembre) ont atteint 252,99 millions de dollars, soit une augmentation de 34,9 % par rapport au même trimestre de 2022.
D’après ce service, la cassitérite a généré 431 035 kilogrammes d’une valeur de 6 487 192 USD en octobre, 416 231 kilogrammes d’une valeur de 6 274 000 USD en novembre et 446 342 kilogrammes d’une valeur de 6 923 495 USD en décembre;
- Le coltan a généré 159 297 kilogrammes d’une valeur de 6 907 161 USD en octobre, 128 887 kilogrammes d’une valeur de 5 364 535 USD en novembre et 180 393 kilogrammes d’une valeur de 6 630 391 USD en décembre;
- Wolfram a généré 182 099 kilogrammes d’une valeur de 2 293 588 USD en octobre, 183 395 kilogrammes d’une valeur de 2 296 577 USD en novembre et 274 493 kilogrammes d’une valeur de 3 298 468 USD en décembre;
- L’or a généré 1 015 kilogrammes d’une valeur de 62 133 934 USD en octobre, 823 kilogrammes d’une valeur de 52 961 965 USD en novembre et 1 320 kilogrammes d’une valeur de 87 521 667 USD en décembre alors que d’autres minéraux ont également apporté 1 229 563 kilogrammes d’une valeur de 1 111 177 USD en octobre, 1 725 993 kilogrammes d’une valeur de 1 720 701 USD en novembre et 819 833 kilogrammes d’une valeur de 1 064 737 USD en décembre.
Le sous-sol congolais au profit des multinationales

Selon les rapports publiés par l’organisation sud-africaine South Africa Watch (SARW) ou la londonienne Global Witness, plus de vingt multinationales nord-américaines, belges, britanniques, allemandes, chinoises et rwandaises qualifiées de « prédatrices » sont impliquées dans le commerce illégal, entre autres, du coltan.
Il s’agit notamment des entreprises : Commet Uganda coltan trading (de Salim Saleh), Afri-mex (Grande-Bretagne), Amalgamated Metal Corp (Grande-Bretagne), Cabot Corporation tan-talum processing (États-Unis), Cogecom coltan trading (Belgique), Euromet (Grande-Bretagne), Finconcord SA (Suisse), Finmining (Antilles), H.C. Starck GmbH & Co coltan processing (Allema-gne), Kemet Electronics capacitor/manufacture (États-Unis), Malaysian Smelting Cor. Coltan processing (Malaisie), Nac Kazatomprom tantalum processing (Kazakhstan), Ningxia Non Ferrous Metals, (Chine), Pacific Ores Metals coltan trading (Hong Kong/Chine), Raremet Speciality Metals Company SA (Belgique), SLC Germany GmbH (Allemagne), Sogem (Belgique), Speciality Metals Company SA (Belgique), Trademet SA (Belgique), Tinitechinternational Inc (États-Unis), Vishay Sprague manufacture (USA/Israël), Eagles Wings Resources coltan explotation (Rwanda).
Le 16 avril 2001, un autre rapport du groupe d’experts des Nations unies sur l’exploitation illégale des ressources naturelles du Congo, avait mis l’accent sur la façon dont les États, qu’ils soient « ennemis ou alliés » du gouvernement de la RDC se sont consacré au pillage systématique et organisé de ses richesses, en particulier des cinq ressources minérales stratégiques: le coltan, les diamants, le cuivre, le cobalt et l’or. Dans ce sens, Catherine André (Collaboratrice de la Commission du Sénat belge sur le pillage des ressources du Congo), cité par le site la Republica.cd mentionnait comment l’entreprise Ruanda Metals, contrôlée par l’armée rwandaise, exportait quelque 1200 tonnes de coltan, environ 80 à 100 millions de dollars ou 100 tonnes de coltan par mois en 2000.
Couper l’herbe sous le pied

Pour stopper le pillage des ressources, particulièrement la mafia et l’or du sang, le gouvernement de la République démocratique du Congo a signé des accords avec les Émirats Arabe unis pour la commercialisation de l’or artisanal en RDC. Au terme de cet accord, la société Primera LTD et la RDC ont créé deux sociétés Primera RDC, l’une Primera Gold, pour l’or et l’autre Primera Metals, pour les 3T (Étain, Tungstène, Tantale).
Pour le gouvernement congolais, Primera Gold est une initiative prise en réponse à la situation de conflit à l’Est.
« Vous savez que le trafic des minerais (de l’or, du coltan) c’est l’un des carburants qui entretient le conflit à l’Est et il fallait couper l’herbe sous le pied du Rwanda qui se sert de cette exploitation illégale pour entretenir le conflit sur notre sol. Et donc, on a commencé avec Primera Gold en créant une Joint Venture entre la RDC et Primera », précisait le ministre des Finances au cours d’une interview avec la presse .




















































