Dans une interview accordée à TV5 Monde depuis Paris, l’ancien Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, a réaffirmé son intention de retourner en RDC pour contester sa condamnation pour détournement de fonds publics. Il rejette formellement les accusations portées contre lui, les qualifiant de violations des principes constitutionnels.
L’opposant politique s’est dit déterminé à prouver son innocence, arguant qu’il n’a jamais été jugé conformément aux dispositions légales de la constitution congolaise.
« Je dois préciser qu’en ce qui me concerne, du point de vue du droit, je n’ai jamais été condamné parce que la constitution congolaise, sur la base de laquelle toute la justice doit être prononcée, recommande à ce que tous les citoyens soient jugés conformément à la loi. Et ça n’a pas été le cas », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que ses droits ont été bafoués lors du procès lié à la gestion de plus de 160 millions de dollars destinés au parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo.
Matata Ponyo dit avoir payé pour son refus de rejoindre le régime au pouvoir qu’il accuse des détournements massifs et de corruption.
« Il faut d’abord comprendre que si quelqu’un n’a pas été jugé, il a le droit de se protéger. La constitution, les lois du pays ont été piétinées pour uniquement condamner quelqu’un qui a refusé de travailler avec le gouvernement. Je ne suis pas obligé conformément à ma quête de dignité, à ma quête d’honneur, de pouvoir travailler avec un régime qui est totalement versé dans le détournement des fonds publics et dans la corruption », a-t-il affirmé.
Matata Ponyo a, par ailleurs, dénoncé un système judiciaire qu’il qualifie d’ethno-tribal. Il a affirmé que les juges qui l’ont condamné sont tous originaires de la même région que le président de la République.
« Imaginez-vous que je n’ai été jugé que par des gens qui appartiennent à une tribu du président de la République. Le premier juge était du Kasaï. Le deuxième juge était du Kasaï. Le juge de la cour de cassation où les dossiers étaient transférés était du Kasaï. Comment est-ce que dans un pays où il y a plus de 450 tribus, un ancien premier ministre peut être jugé par des juges d’une tribu qui appartiennent au président de la République ? c’est un jugement tribalo-ethnique », a-t-il poursuivi.
Nonobstant, Matata Ponyo exprime sa volonté de comparaître devant une justice équilibrée.
« Je crois que ce procès s’ouvrira et la vraie justice sera donnée un jour parce que ma dignité et mon honneur ne peuvent pas être traînés dans la boue par des juges », a-t-il martelé.
Après une longue procédure judiciaire, Matata a été reconnue détournement de fonds publics et condamné à 10 ans de prison, le 20 mai 2025.
D’après la Cour Constitutionnelle qui l’a jugé, les investigations ont révélé des complicités avec Christo Grobler, un responsable d’une entreprise sud-africaine, ainsi qu’avec Deogratias Mutombo, ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo. Ensemble, ils ont orchestré des manœuvres financières qui ont gravement entaché l’intégrité des fonds destinés au développement de ce vaste projet.
Les détournements sont liés au projet du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, une initiative ambitieuse censée promouvoir l’autosuffisance alimentaire en RDC. Ce projet, qui aurait pu transformer le paysage agricole du pays, a été entaché par des accusations de corruption et de mauvaise gestion.
Mapon a rejeté les accusations, qualifiant le procès de manœuvre politique visant à le discréditer. Selon lui, cette condamnation est le résultat d’une volonté manifeste d’écarter un acteur politique influent de la scène publique. Il a également contesté la compétence de la Cour constitutionnelle, arguant que ses immunités parlementaires devraient le protéger.




















































