Lors d’une adresse à la Nation, le Président honoraire Joseph Kabila a exprimé ses inquiétudes quant à la gouvernance actuelle de la République Démocratique du Congo (RDC), qualifiant le pays de « gravement malade et son pronostic vital engagé ».
Kabila, qui a passé le pouvoir pacifiquement à Félix Tshisekedi en janvier 2019, a décidé de briser son silence ; de sortir de sa réserve et soulignant que l’enjeu est non seulement de taille, mais surtout existentiel.
« J’ai décidé de briser le silence, parce qu’au vu de la situation que traverse notre pays, continuer à me taire, m’aurait rendu poursuivable devant le tribunal de l’histoire, pour non-assistance à plus de cent millions de compatriotes en danger », a-t-il déclaré précisant que la RDC est « gravement malade, et son pronostic vital est engagé ».
Dans son harangue, Kabila a évoqué l’accord conclu dès l’avènement au pouvoir du Chef de l’État actuel, donnant naissance à la coalition FCC-CACH. A ce titre, il a accusé son ex-allié, Félix Tshisekedi, d’avoir allégué de contre-vérités au sujet de cet accord qui, dit-il, « n’avait pour seule motivation que l’intérêt supérieur de la Nation ».
« Par cet accord de mutualisation de forces, j’entendais en effet permettre à mon successeur d’exercer, dans la direction des affaires de l’État, plus de pouvoir effectif que ce que la faible représentation de sa famille politique au sein de la nouvelle Assemblée Nationale était en droit de lui conférer. Je voulais par ailleurs faciliter le fonctionnement harmonieux des institutions, et éviter à la nation, comme à notre jeune démocratie, d’éventuelles crises politiques qui leur auraient été fatales », a-t-il souligné rappelant que cette première alternance pacifique et civilisée à la tête du pays avait suscité l’espoir de tout un peuple.
L’autorité morale du Front Commun pour le Congo affirme qu’en Janvier 2019, la RDC se trouvait en « bien meilleur » état qu’au moment de son accession à la magistrature suprême, en janvier 2001. Kabila explique avoir trouvé un pays au bord de l’implosion ; miné par une longue dictature et des guerres; sans institutions républicaines ; économiquement en faillite, et socialement déchiré, un pays dont l’incertitude des lendemains menaçait la stabilité de toute la région.
Dans cette logique, l’ancien Chef de l’Etat affirme avoir légué un « bien meilleur » héritage à mon successeur . Il cite notamment:
- Un pays réunifié, largement pacifié, et dont les limites territoriales correspondaient exactement à celles qu’elles étaient au 30 Juin 1960 ;
- Une nation reconstituée, réconciliée et fière de sa diversité ;
- Un État doté d’une Constitution progressiste, et des institutions fonctionnant harmonieusement ;
- Une économie dynamique et résiliente, et débarrassée du fardeau de la dette héritée des régimes antérieurs, du fait des multiples réformes structurelles engagées ;
- Une armée nationale républicaine, de plus en plus professionnelle et capable de relever le défi de la défense de l’intégrité du territoire national ;
- Une démocratie en constante consolidation avec, notamment, l’organisation, sur fonds propres, d’un troisième cycle électoral.
« Le cœur serré, je constate qu’à peine six ans après, ce bel héritage en indivision, légué à l’ensemble de notre peuple, a été complètement dilapidé par celui qui en avait reçu la garde ; que notre pays offre un spectacle des plus désolants ; et qu’il suscite d’autant plus de désespoir au sein de notre peuple, et de pitié et de moqueries à travers le monde, que l’inconscience de ses dirigeants ne permet aucun espoir de redressement », a-t-il déploré.
L’homme de Kingakati attribue cette « détérioration rapide » de la situation générale du pays principalement à « l’ivresse du pouvoir sans limite ». Il a noté que les nouveaux dirigeants s’illustrent par une série de remises en cause, reniements et violations intentionnelles de la Constitution, avec en toile de fond, la volonté irrésistible de concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme au mépris du Pacte Républicain qui cimentait la cohésion.
« Les conséquences négatives de cette gouvernance non orthodoxe sont pour le moins stupéfiantes. Le pays est ainsi devenu un espace de non-droit ; la République a cessé d’être démocratique, et la volonté du Chef de l’État tient désormais lieu de loi suprême, supplantant la Constitution et les lois », a-t-il asséné.
In fine, le 4eme President de la RDC accuse le régime actuel d’encourager le populisme, la démagogie, le mensonge et l’arrogance, ainsi que la discrimination et la stigmatisation de certaines composantes de la société, pratiques qui sapent la cohésion nationale et compromettent le vivre ensemble.















































