Alors que Washington s’implique dans la résolution de la crise dans l’Est de la République démocratique du Congo et la normalisation des relations entre Kinshasa et Kigali, un groupe d’intellectuels congolais appelle le Président Félix Tshisekedi à la prudence.
Dans une lettre ouverte, ce groupe constitué du Prix Nobel de la paix, le docteur Dénis Mukwege, de professeurs d’universités et d’activistes des droits humains s’interrogent sur l’intérêt soudain de l’administration américain qui, grâce à sa médiation, la RDC et le Rwanda ont parvenu à la signature, le 25 avril dernier, d’une déclaration de principes controversée, en raison de son « opacité et du déficit d’inclusivité ».
« La grave crise multidimensionnelle que traverse la RDC a longtemps été caractérisée par la négligence internationale », déclarent d’emblée les signataires de cette lettre ouverte adressée au Président Tshisekedi.
L’ancien candidat à la présidentielle de décembre 2023 et ses partenaires de circonstance expliquent que cet intérêt renouvelé est notamment lié à des rivalités géopolitiques pour l’accès aux immenses ressources minérales de la RDC qui sont impératives pour la révolution numérique, la transition énergétique et l’industrie spatiale et de la défense.
« Il est aussi pertinent de mettre en avant que les minerais stratégiques, parfois appelés minerais de sang ou de conflit, ont vocation à être transformés en minerais pour le développement et la paix », ont-ils martelé rappelant que l’intégration économique régionale prônée dans la déclaration de principes signée par les deux gouvernements ne saurait primer sur la souveraineté territoriale et minière de la RD Congo.
« Les parcs nationaux et les ressources naturelles dont regorgent notre pays peuvent contribuer à la paix, mais sous certaines conditions. Elles constituent les biens communs de la Nation congolaise, et doivent donc contribuer au bien-être du peuple aujourd’hui mais aussi pour les générations futures, à l’instar de modèle de gouvernance développé dans d’autres pays comme la Norvège », ont-ils préconisé.
En prévision de la signature d’autres accords, le docteur Mukwege, Jean-Claude Katende de l’Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO), les professeurs Alphonse Maindo et Bob Kabamba, Jean-Claude Mputu de la Coalition Congo N’est pas à Vendre (CNPAV) et bien d’autres ont appelé le Chef de l’Etat et gardien de la constitution, à la responsabilité.
« En prêtant serment à deux reprises sur notre Charte fondamentale, vous êtes bien placé pour savoir que la souveraineté nationale appartient au peuple (art 5). Vous savez aussi mieux que quiconque que tout accord ou arrangement qui aurait pour conséquence de priver la Nation de tout ou partie de ses propres moyens d’existence tirées notamment de ses richesses naturelles est érigé en infraction de pillage et que ces actes et leurs tentatives sont punis comme infraction de haute trahison (art. 56 & 57) », ont-ils averti.
Parallèlement, ils ont souligné que les traités de paix, de commerce ou liés au règlement des conflits internationaux ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi (art. 214).
En conséquence, Félix Tshisekedi a été exhorté à ne pas brader les ressources naturelles congolais au régime de Kigali dans le cadre de l’intégration économique régionale en gestation promue sous l’égide du parrain américain.
« Pour toutes ces raisons, nous vous invitons donc à ne pas sacrifier les minerais congolais, à inclure la justice transitionnelle dans tous les efforts déployés pour restaurer et consolider la paix, à faciliter des consultations nationales impliquant toutes les forces vives de la Nation, y compris les élus de l’Assemblée nationale, avant de vous engager au nom du peuple congolais, et à défendre exclusivement les intérêts du peuple congolais souverain lors de votre prochain séjour à Washington », ont-ils conclu.



















































