Le 27 juin dernier, la République Démocratique du Congo et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix fondé sur le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de chaque pays, ainsi que sur le principe d’intégration économique régionale.
Bien que ce pacte soit salué des deux côtés comme une avancée significative pour mettre fin à près de trois décennies d’un des conflits les plus meurtriers au monde, la question de l’intégration économique suscite des préoccupations.
Dans une tribune, le député national de la RDC, Olivier Kasanda Katuala, a analysé les enjeux économiques de cet accord de paix, qualifié d’« historique » même par la communauté internationale.
« La paix ne doit pas être une fin en soi pour la RDC. Elle doit servir de socle à une reconstruction nationale ambitieuse, capable de repositionner notre pays comme un acteur économique de premier plan », a-t-il déclaré, soulignant que derrière la façade humanitaire de cet accord, des intérêts économiques, principalement américains, se cachent.
Katuala met en garde contre le risque de marginalisation de la RDC si elle ne parvient pas à relever rapidement les défis structurels et logistiques qui l’assaillent.
« Le temps joue contre nous. L’enthousiasme d’une paix retrouvée ne doit pas nous aveugler face à une réalité alarmante : la guerre, jadis militaire, entre la RDC et le Rwanda se déplace désormais sur le terrain économique », a-t-il averti.
Pour étayer sa réflexion, l’auteur de la proposition de loi sur la réglementation du secteur bancaire congolais récemment adoptée par l’Assemblée nationale souligne que l’implication des États-Unis dans cet accord est indissociable de leurs intérêts stratégiques.
« Comme en Ukraine, où Washington pousse Zelensky à capituler face à la Russie pour sécuriser ses propres intérêts géopolitiques et économiques, la médiation américaine en Afrique centrale n’est pas uniquement motivée par un désir de paix. Les États-Unis, en quête de ressources critiques pour leurs industries technologiques et énergétiques (cobalt, coltan, lithium, gaz méthane), considèrent l’Est de la RDC comme un réservoir stratégique. L’accord de paix, en stabilisant la région, ouvre la voie à une exploitation plus sécurisée et formalisée de ces ressources, avec les Américains comme principaux bénéficiaires », a-t-il expliqué.
Faisant une analyse empirique de cet accord, l’élu de Kinshasa craint que la RDC en soit la grande perdante au profit du Rwanda.
« L’un des points majeurs de cet accord, axé sur le « cadre d’intégration économique régionale », illustre cette ambition. En promouvant des chaînes de valeur minières transparentes et des projets conjoints (hydroélectricité, lac Kivu), cet accord invite explicitement les investisseurs américains à jouer un rôle clé. Les États-Unis, en position de force, sont susceptibles de dicter les termes de cette intégration économique, et le Rwanda, mieux structuré à ce jour, risque de devenir leur partenaire privilégié au détriment de la RDC. Le Rwanda, conscient de ses atouts (gouvernance centralisée, infrastructures en développement, économie formalisée), a tout intérêt à prouver aux États-Unis qu’il est le partenaire le plus fiable dans ce cadre d’intégration économique. En capitalisant sur sa logistique et sa rapidité à formaliser les chaînes d’approvisionnement, Kigali pourrait capter une part substantielle des bénéfices issus de l’exploitation des ressources minérales congolaises… après les États-Unis. La RDC, malgré ses immenses richesses minérales, risque de se retrouver reléguée à un rôle de fournisseur passif si elle ne réagit pas », a-t-il averti.
Pour inverser cette tendance, il préconise la mise en place de stratégies permettant à la RDC de tirer profit de cet accord où les ressources naturelles sont en jeu.
« Que mettons-nous sur la balance, hormis nos minerais ? Comment garantir que le centre névralgique de cette intégration économique soit en RDC et non au Rwanda ? La RDC doit relever des défis structurels, logistiques et diplomatiques pour devenir une partie prenante à part entière de cet accord et ne pas laisser le Rwanda, revanchard, nous supplanter. La RDC a un retard à combler. Le Rwanda misera sur notre désorganisation pour devenir le partenaire privilégié des États-Unis », a-t-il martelé.
Face à ces défis, le député Katuala appelle le gouvernement à adopter une politique ambitieuse pour préparer le pays à jouer un rôle majeur dans ce cadre économique.
« Sans action immédiate, la paix, loin d’être une victoire, se transformera en capitulation économique face à des partenaires mieux organisés. La RDC doit transformer cette opportunité en levier pour reconstruire, sinon elle risque de perdre la face dans un accord où ses richesses sont la principale mise », a-t-il conclu.














































