Il faut être congolais pour comprendre ce paradoxe : c’est à Washington, mille lieues du Kivu martyrisé, que se discutent les conditions de notre supposée « paix ». Les chancelleries applaudissent, les experts jubilent, les diplomates rédigent des communiqués — mais à Rutshuru, on continue de mourir. Chaque fois qu’un accord est signé, c’est une ville qui tombe. Lusaka, Pretoria, Nairobi, Addis-Abeba… et maintenant Washington. Les négociations se succèdent, les deuils aussi.
Un accord signé avec le Rwanda, faut-il le redire, n’est pas une paix : c’est une suspension. Un souffle court entre deux agressions. Une manœuvre d’encerclement stratégique maquillée en solution politique. Paul Kagame ne négocie jamais pour désarmer, mais pour gagner du temps. Il l’a démontré en 1996, en 1998, en 2012, en 2022. Toujours le même cycle : invasion, pression, cessez-le-feu, redéploiement.
La guerre est structurelle, pas circonstancielle
Le Rwanda ne s’arrêtera pas. Non par caprice. Mais par structure. Son économie est sous perfusion. Son régime repose sur la militarisation. Son influence internationale se nourrit du chantage géopolitique. Sa stabilité intérieure dépend du pillage extérieur. En RDC, il trouve à la fois une rente minière, un espace d’expansion, et une soupape militaire pour gérer ses frustrations internes.
Tant que ce système tiendra, l’agression continuera. Non pas malgré les accords de paix, mais à travers eux. Chaque cessez-le-feu n’est pour Kigali qu’un moment de réajustement tactique.
Il faut cesser de rêver à une paix négociée. L’histoire est claire : on ne négocie pas avec une puissance prédatrice, on la dissuade. L’Afrique du Sud de Mandela a vaincu l’apartheid par l’isolement international, mais aussi par la peur d’un embrasement généralisé. Israël survit dans un océan d’hostilité parce qu’il a su construire l’équilibre de la terreur. Le Rwanda, lui, avance parce qu’il ne craint rien.
Refonder pour résister et vaincre
Nous, Congolais, ne suscitons ni crainte ni respect, car nous ne projetons ni force ni sérieux. Nous parlons de souveraineté, mais signons des accords avec ceux qui l’écrasent. Nous réclamons la justice, mais abritons les collabos au sein même de l’appareil d’État.
Il nous faut désormais préparer la guerre pour éviter la défaite. Cela commence par remettre de l’ordre dans l’État, rétablir la chaîne de commandement, réprimer la trahison, investir dans une défense moderne, agile, furtive, enracinée.
Cela exige aussi une révolution morale : restaurer la peur du parjure, la honte de la compromission. Purger l’appareil étatique des agents doubles, reconstruire des services de sécurité capables d’anticiper, pas de fuir. Investir dans le renseignement, la guerre psychologique, la guerre électronique. Utiliser l’intelligence, les satellites, les diasporas, les alliés discrets.
Un accord signé à Washington ne libérera pas Bunagana. Il n’empêchera pas les prochaines colonnes du M23. Il n’arrêtera pas les camions rwandais qui repartent chargés de coltan.
La seule chose qui arrêtera le Rwanda, c’est la certitude qu’il y perdra plus qu’il n’y gagnera. Cela suppose que la RDC renoue avec la verticalité, l’implacabilité, le sérieux. Que l’on passe d’un État bavard à un État dissuasif. Et que chaque pause dans la guerre soit une occasion de se préparer à la suivante — car elle viendra.




















































