Le député national, Augustin Matata Ponyo a, lors de la séance plénière ce jeudi 31 octobre 2024, exprimé son scepticisme quant à l’exécution de la loi de finances pour l’exercice 2025, présentée par la Première ministre et cheffe du gouvernement, Judith Suminwa Tuluka.
L’élu de la circonscription électorale de Kindu, dans la province du Maniema, a mis en exergue plusieurs éléments qui, selon lui, ne peuvent, dans le contexte actuel, favoriser l’exécution du Budget. Il a énuméré notamment le cadre macroéconomique, le déficit du leadership, la corruption, la dépendance de la banque centrale du Congo aux institutions de la République et consort.
Cadre macroéconomique
En ce qui concerne le cadre macroéconomique, Matata Ponyo a dénoté le caractère « utopique » de la décélération du taux de l’inflation qui se situe actuellement à 14% à 9,2% en 2025. Sans mâcher les mots, Mapon a soutenu que cette prévision est « irréaliste » car l’environnement n’étant pas propice.
« Vous nous avez présenté madame la Première ministre un cadre macroéconomique avec un taux d’inflation de 9,2%, le taux de change autour de 2954 francs congolais le dollar américain, mais que vaut un cadre macroéconomique lorsque il n’est pas réalisé? Parce que c’est ce cadre macroéconomique qui sous-tend le budget. Je me réfère à l’expérience des 5 dernières années. Aucun taux d’inflation n’a été réalisé qui a été repris dans le budget voté par cette Assemblée nationale. Cette année au mois d’octobre on est déjà à 14% de taux d’inflation, comment va-t-on réaliser un taux d’inflation de 9.2% en 2025? », a-t-il élucidé l’homme à la cravate rouge.
En ce qui concerne la stabilisation de change, le député Matata n’y croit pas du tout. Il a demandé à la Première ministre de veiller à ce que le taux de change soit l’expression de l’équilibre macroéconomique entre l’offre et la demande sur le marché des changes et sur le marché des biens et services.
« Vous avez dit ici que le taux de change est resté plus ou moins stable pendant 3 mois mais c’est à quel prix ? C’est un taux de change factus parce qu’il est en fait l’aboutissement d’un financement par les arrières des salaires, des grèves de tous ordres, c’est un taux de change qui ne transparaît pas dans la vie du fonctionnement de l’économie », a déclaré Matata.
Le respect de la chaîne de la dépense
Pour étayer son argumentaire, Matata Ponyo a également déploré le non-respect de la chaîne de la dépense publique en violation de la loi.
« Que vaut un budget si la chaîne de la dépense n’est pas respectée ? Nous avons examiné avec vous le rapport sur la reddition des comptes qui nous indique que plus de 50% des dépenses publiques sont exécutées hors chaîne des dépenses publiques, c’est-à-dire plus de 50% exécutées par le gouvernement ne sont pas conformes à la loi. Quel crédit peut-on donner à un budget si réellement plus de 50% des dépenses sont exécutées en dehors? », s’est-il questionné.
La corruption
L’autre point saillant de son intervention est la lutte contre la corruption. Dans son harangue, Augustin Matata Ponyo a dénoncé la « banalisation » de la corruption au sein du gouvernement.
« Madame la Première ministre, vous êtes une experte. Vous savez qu’il existe une relation de cause à effet entre le niveau de corruption et le niveau de développement économique. Un quart de 1% a un impact négatif sur l’investissement de près de 35 % et sur la croissance. Or, il s’avère aujourd’hui que la corruption est devenue pratiquement un sport national au sein du gouvernement. Que peut-on attendre de ce budget si la corruption, telle qu’elle est, continue ? », a-t-il argué.
L’indépendance de la banque centrale
Ancien ministre des Finances puis Premier ministre sous Joseph Kabila, Mapon est montée au créneau pour déplorer la dépendance de la Banque Centrale du Congo ( BCC) tant à la présidence qu’au gouvernement central. A l’en croire, la BCC est inféodée à ces institutions qui exécutent des dépenses en violant « systématiquement » la loi.
« Il y a une relation de cause à effet entre le degré d’indépendance d’une banque centrale et le degré du développement. Tout le monde sait qu’aujourd’hui nous avons une banque centrale totalement inféodée au gouvernement qui exécute des dépenses en violant systématiquement la loi qui organise le fonctionnement de la Banque centrale. Madame la Première ministre, que peut-on attendre de votre budget lorsque la banque centrale constitue une filiale du gouvernement et de la présidence de la République? », a pesté l’élu de Kindu.
Le leadership
Peu avant de céder le micro, le président du parti politique Leadership et gouvernance pour le développement (LGD) a mis en relief le déficit criant du leadership au sein du gouvernement.
« Le budget ne peut être exécuté de manière tout à fait correcte, efficace et productive s’il n’y a pas de leadership et de bonne gouvernance. Le leadership garantit les institutions incluses qui font cruellement défaut aujourd’hui. Lorsque l’administration publique est totalement en grève, lorsque les enseignants, magistrats, et professeurs d’université sont en grève… Quel type d’institutions pour pouvoir exécuter un budget qu’il soit en équilibre ? », s’est-il interrogé.
Chiffré à 49.847 milliards francs congolais soit environ 18 milliards de dollars américains, le projet de loi de finances pour l’exercice 2025 équilibré en recettes et en dépenses, dégage un taux d’accroissement de 21,6% par rapport au budget de l’exercice 2024.




















































