À travers une réforme portée par la Banque centrale, la RDC a levé l’option de mettre fin aux transactions en devises étrangères en dehors de la voie scripturale et a décidé de réserver l’importation physique du dollar américain à la Banque centrale.
Ces décisions ont été saluées par le Département du Trésor des États-Unis, en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, tenues à Washington.
Pour l’institution américaine, cette réforme constitue une initiative « historique et courageuse », susceptible de renforcer la transparence et de mieux tracer les opérations financières.
Le Trésor américain a également salué l’objectif de la réforme étant d’améliorer la qualité et la disponibilité des renseignements financiers tout en contribuant à la lutte contre la corruption, le financement du terrorisme et le blanchiment de capitaux.
Exclusivité de l’importation physique à partir du 9 avril 2027
D’après le calendrier de la BCC, l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises étrangères sera effective à partir 09 avril 2027.
À compter de cette date, aucune banque commerciale ne sera plus autorisée à réaliser cette importation physique tandis qu’aucune personne physique ou morale ne sera admise à effectuer des transactions en espèces en monnaies étrangères.
Concrètement, toute opération portant sur des devises en espèces quel que soit le montant ne pourra se faire que par voie scripturale, c’est-à-dire via des mécanismes financiers traçables et enregistrés.
« Nous continuons à utiliser le dollar »
Dans ses explications, le gouverneur de la Banque centrale, André Wameso a insisté sur le fait que la réforme ne vise pas à supprimer l’usage du dollar, mais à changer le mode de circulation et à réduire les zones de risque.
« C’est-à-dire que nous allons continuer à utiliser le dollar, en l’occurrence, et ça n’a rien à voir avec la situation actuelle, et ça n’a rien à voir avec une décision contre nature », a déclaré le gouverneur, soulignant la logique de contrôle et de traçabilité.
« Importer du cash régulièrement signale un problème »
André Wameso estime que l’importation fréquente de billets en dollars révèle une faiblesse dans la maîtrise du cash en circulation et constitue un enjeu de conformité.
Il affirme que la RDC importe, chaque mois, une quantité de cash « plus ou moins constante ». Or, dit-il, si un pays importe du numéraire, c’est en principe parce qu’il en a besoin ponctuellement.
« Si vous importez du cash parce que vous en avez besoin, vous n’allez pas en importer chaque mois. Parce que quand vous importez du cash, vous l’injectez dans votre économie et elle tourne au sein de votre économie. Si vous devez en importer chaque mois, ça veut dire que le cash que vous importez sort de votre économie. Ça veut dire que c’est un problème », a-t-il fait remarquer.
Le gouverneur soutient que la durée de vie du dollar, évaluée par la Réserve fédérale est d’environ 18 mois à 2 ans ce qui rendrait anormale une importation répétée sur une base mensuelle.
Dans ce raisonnement, la régularité de l’approvisionnement en cash serait liée, non pas à un besoin économique structurel, mais à des risques de blanchiment ou de financement illicite.
« Si vous importez du cash parce que votre économie a besoin de 1000 dollars en cash, donc vous devrez attendre que ce cash devienne impropre à la consommation au sein de votre économie pour importer du cash à nouveau. Or, la durée de vie du dollar, selon la réserve fédérale, c’est plus ou moins 18 mois, voire 2 ans. Et si vous devez en importer chaque mois, ça veut dire que vous ne maîtrisez pas le cash que vous importez au sein de votre économie. Ça veut dire que ce cash sort. Donc ce problème n’est pas un problème d’utilisation du cash, c’est un problème de blanchiment de capitaux et de financement éventuel du terrorisme », a martelé l’ancien directeur de cabinet adjoint de la présidence en charge des questions économiques et financières.
Le gouverneur de la BCC a également révélé que les dollars qui échappent à la République démocratique du Congo alimentent l’économie des pays limitrophes qui n’en importent pas.
« La plupart des pays limitrophes n’importent pas de cash, n’importent pas du dollar. Mais ils ont de dollars dans leur économie. Ces dollars viennent de notre économie », a-t-il conclu.
En plus de réduire les risques liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme, la BCC explique avoir mis en place ces mesures pour sécuriser les approvisionnements en billets en monnaies étrangères destinés aux banques et harmoniser les procédures de change sur l’ensemble du territoire national.















































