En RDC, la gestion opaque du gisement de lithium, un minerai stratégique convoité pour la fabrication des batteries des véhicules électriques, préoccupe la coalition le Congo N’est Pas à Vendre (CNPAV).
La prise de position de cette structure fait suite aux informations faisant état d’une « donation » de 70 millions USD qui aurait été faite par Zijin Mining au profit d’une ONG dirigée par Jean- David E’ngazi, membre du conseil d’administration de la Cominiere.
Dénonçant une succession d’informations sur la gestion opaque des actifs de lithium par la Cominiere, une société du portefeuille de l’Etat, le CNPAV demande l’ouverture d’une enquête afin que les hauts fonctionnaires impliqués dans la mauvaise gestion des ressources du pays soient tenus redevables.
« Le CNPAV considère que les fonds pour les interventions sociales octroyés en marge de la conclusion d’un contrat minier stratégique devraient être gérés par l’État congolais et non par une entité privée. Pire, le transfert de 70 millions USD à une ASBL dont le président est membre du conseil d’administration de la Cominiere ayant participé aux discussions pour l’accès à ce permis minier, pourrait constituer un acte de corruption et estime que ces paiements pourraient créer des conflits d’intérêts à travers un enrichissement illicite des membres du conseil d’administration de la Cominiere et constitue en effet un détournement des fonds au détriment de la population congolaise qui vit dans l’extrême pauvreté », dénonce cette structure soulignant que cette pratique est contraire au code de conduite des agents de carrières et de l’administration publique.
Dans la même logique, le CNPAV exige la publication immédiate du « joint venture » Manono Lithium SAS afin de permettre aux citoyens congolais de vérifier si l’accord est dans le meilleur intérêt du pays et de son développement économique.
A ce titre, cette structure s’appuie sur les bases légales qui stipulent que tous les contrats miniers doivent être divulgués dans un délai de 60 jours.
Le CNPAV note également, en guise de contexte, que la gestion par la Cominiere des actifs de lithium de la RDC, qu’elle détient pour le compte de l’État, fait l’objet de critiques depuis plusieurs années.
« Des questions ont également été soulevées sur la manière dont le contrôle du gisement Manono a été accordé en 2016 à la société australienne AVZ Minerals, et si le contrat était une bonne affaire pour la RDC », rappelle-t-il.
Qui plus est, la Cominiere a été accusée en 2022 par l’IGF d’avoir « bradée » les actifs de lithium de l’État et d’avoir « dilapidé » les bénéfices. De plus, sa gestion des gisements de lithium autour de Manono a contribué aux conflits très médiatisés entre les investisseurs, notamment AVZ Minerals, ouvrant la RDC à un arbitrage commercial international qui pourrait à terme coûter au pays des millions de dollars.
In fine, cette coalition qui milite contre la corruption note qu’en 2023, l’actuelle présidente du conseil d’administration de la Cominière, Lisette Kabanga, avant sa nomination chez la Cominiere, dirigeait une société de consultance qui avait reçu 1,6 million de dollars en « commission » lorsque Zijin Mining a acquis pour la première fois des actions du projet Manono auprès de la Cominiere en 2021.
Eu égard à ce qui précède, le CNPAV a formulé quelques recommandations au gouvernement de la République et aux institutions de contrôle. Il s’agit de:
- Lancer une enquête officielle sur la mauvaise gestion par la Cominiere et les ministères des mines et du portefeuille, du gisement de lithium de Kitotolo-Manono;
- Entamer une action disciplinaire contre les membres du conseil d’administration impliqués dans la transaction vers l’ONG le Bouclier;
- Passer à la restitution des fonds au trésor public et entamer un audit indépendant des fonds déjà reçus et dépensés par Le Bouclier;
- Utiliser les résultats de l’enquête de l’IGF pour des actions judiciaires contre les personnes impliquées dans le dossier;
- Inscrire cette question au Conseil des ministres et inviter la ministre des mines devant la presse dans le cadre de la redevabilité du gouvernement;
- Inviter la ministre des mines devant le parlement pour lui dresser une question orale avec débat sur le dossier Cominiere;
- Assurer la publication du contrat Manono Lithium SAS conformément aux exigences du code minier.
La RDC possède un des gisements de lithium les plus stratégiques du monde, notamment le gisement de Kitotolo-Manono, dans le Tanganyika. Dans le contexte de la transition énergétique, ce minerai est hautement convoité en raison de son utilisation dans les batteries des véhicules électriques.
Le gisement de lithium de Manono présente un énorme potentiel pour aider la RDC à se développer économiquement. Cependant, il a été au centre de nombreuses accusations, notamment de corruption et de mauvaise gestion.




















































