La création d’un Tribunal pénal économique et financier (TPEF) en République démocratique du Congo, annoncée par une ordonnance promulguée par le président Félix Tshisekedi, suscite déjà des réactions controversées.
Présenté par l’exécutif comme un outil destiné à renforcer la lutte contre les crimes économiques et financiers, notamment le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite, la concussion et le blanchiment, cette nouvelle juridiction fait déjà l’objet de critiques de la classe politique.
Pour Delly Sesanga, président national du parti ENVOL, l’initiative risque de se transformer en « instrument politique » plutôt qu’en moyen efficace de lutte contre la corruption.
« En apparence, il s’agit de lutter contre la corruption mais dans le fait, le risque est grand et nous connaissons la méthode de ce pouvoir. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions », a déclaré Delly Sesanga.
Au cours d’une déclaration politique, le candidat-président de la République en 2023 a mis en garde contre des poursuites sélectives et des procédures expéditives qui pourraient servir des fins de chantage politique.
« Le risque, c’est de voir se multiplier des poursuites sélectives, des procédures expéditives, des accusations utilisées comme instruments politiques de chantage. Nous ne sommes pas opposés à la lutte contre la corruption. Bien au contraire », a-t-il précisé.
Dubitatif quant à l’efficience des dispositifs déjà mis en place par le chef de l’État, Delly Sesanga cite l’Autorité de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) ainsi que les conseillers spéciaux en la matière, « qui ont disparu dans la nature ».
Selon lui, la multiplication des structures spécialisées n’a pas empêché la RDC de figurer parmi les vingt pays les plus corrompus au monde selon les indices de perception de la corruption.
« Donc, ce n’est pas l’absence d’une juridiction spécialisée de lutte contre la corruption qui a empêché que le travail soit fait. Ce n’est pas l’absence de cette juridiction qui a empêché que le dossier de 100 jours soit instruit efficacement jusqu’au bout. Ce n’est pas l’absence de cette juridiction qui a justifié que le dossier de RAM et tous les dossiers des détournements ne soient instruits. C’est plutôt l’absence de volonté politique. », a-t-il insisté.
Le président d’ENVOL a remis en cause l’efficacité des récentes initiatives judiciaires et politiques, estimant que le problème réside dans l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique.
« L’idée du pouvoir d’instrumentaliser la justice est ce qui gangrène notre appareil judiciaire. Donc, c’est chez les politiques qu’il faut chercher la solution et non pas reporter cette responsabilité sur les lampistes que sont les juridictions », a-t-il affirmé, tout en soulignant les difficultés matérielles et financières auxquelles sont confrontés les magistrats.
Pour Delly Sesanga, la justice doit être une garantie pour tous, et non une arme politique. « La justice n’est pas un instrument pour faire peur. La justice est une garantie pour tous. Un jour au pouvoir, nous supprimerons toutes ces structures inutiles créées par nos sociétés qui ne nous servent à rien », a-t-il conclu, promettant la suppression des organes qu’il juge inefficaces si son parti accède au pouvoir.
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